Kyo x Alejandro Jodorowsky Rolling stone juin 14

Kyo: Il y a environ 10 ans j’ai trouvé une cassette chez moi qui n’avait pas d’étiquette. Je faisais le ménage, j’ai pensé « qu’est ce que? » J’ai regardé la vidéo et j’ai vu pour la première fois « la montagne sacrée ». J’étais déjà attiré au début, j’ai pensé « quoi…?! » et j’étais vraiment choqué, avant que je remarque que le film était fini, ma tête était devenu un désordre total (rire). Depuis, je suis un grand fan. J’ai appris après un certain temps que c’est un film fait avant même ma naissance… c’était un autre choc.

Alejandro Jodorowsky: J’étais impliqué en tant que producteur avec « la montagne sacrée » il y a à peu près 30 ans, il y avait quelques problèmes et ce film ne pouvait pas passer à l’écran. D’autres producteurs ne voulaient pas le montrer à tout le monde, ne voulaient pas regarder. Ensuite j’ai eu une vidéo, je lui ai donné un nom et l’ai distribué en tant qu’enregistrement pirate. Heureusement que je l’ai fait (rire).

Kyo: (rire) Au lieu d’être un film, c’est comme un rassemblement d’expressions, j’ai senti beaucoup de puissance, de tous les films que j’ai vu jusqu’à maintenant, celui ci à perturbé les images et la façon de penser.

A.J: Je suis content que ce soit utile.

Kyo: Ça a été très utile (rire). Après ça, j’ai regardé tous vos films, y compris « El Topo » (1970)

A.J: La vie de mes films est assez difficile. Parce que les films sont à vendre. Je me suis rebellé contre. Je le suis encore. C’est pourquoi je ne fais pas les choses qui sont habituellement faites dans l’industrie du film. Je suis détesté dans l’industrie du film.

Kyo: C’est la même chose pour l’industrie de la musique. « s’il vous plait faites de la musique qui se vendra » tout le monde me dis ça. Mais les choses que je veux faire sont totalement différentes, il y a ce conflit. Je tiens à m’exprimer, mais il y a trop de moments où je suis retenu.

A.J: Mais, la situation est maintenant beaucoup mieux que dans le passé. Parce que vous pouvez distribuer votre musique via internet. Je disais avant qu’internet est un lieu sans profondeur, mais maintenant je suis sur twitter. Donc je peux montrer quelle genre de personne je suis. A propos de la mort, de la philosophie ou de l’art, il ne s’agit pas de moi personnellement, mais je peux tweeter à propos de ma philosophie et de ce que je pense. Résultat, j’ai 950.000 followers pour le moment. Aussi, les gens ont commencé à remarquer que c’est devenu une forme d’art.
Mais la persévérance est un problème…oui, être patient. La lutte prend beaucoup de temps et l’adversaire est fort, mais de toute façon nous devons avoir de la patience. Mais je dois dire une chose, si vous avez la vérité, l’industrie essayera de s’opposer à vous. Si vous demandez pourquoi, tout le monde (dans l’industrie) veut cacher la vérité. Mais c’est impossible de tuer la vérité. Elle sortira toujours. Donc vous avez besoin de beaucoup de persévérance.

Kyo: J’ai pensé à ça en regardant « Jodorowsky’s Dune », vous luttez toujours avec vous même, sans abandonner, sans compromettre votre forme d’expression, vous ne faiblissez pas. J’ai pensé que ça peut aussi devenir un pouvoir de création.

A.J: Nous avons un âge à l’extérieur, mais je ne pense que nous ayons un âge à l’intérieur. Aussi, vous êtes musicien, ça me rend vraiment heureux. Si je dis ça, c’est parce que j’ai été sauvé par la musique. La plupart du temps par John Lennon. Il m’a aidé avec le financement de « la montagne sacrée ». Il a donné au producteur et à moi 100.000 dollars. Il m’a dit de faire ce que je veux faire. C’est pourquoi, je pouvais faire ce que je voulais faire. Après cela, j’ai aussi connu Peter Gabriel. Il est également mon fan, il a recommandé mes films à ses propres fans. Et après j’ai connu Marilyn Manson. Il a également dit qu’il avait été très affecté par « la montagne sacrée ». C’est pourquoi, après avoir dit ça, le nombres de mes fans gothiques de 14 ans a augmenté (rire).
Kanye West a également dit qu’il était mon fan. De cette façon, les fans de l’industrie de la musique m’ont sauvé. Mon fils, appelé Adanowsky et aussi un rocker. Il s’est chargé de la musique dans « La danse de la réalité ». Je ne sais pas pourquoi, mais mon travail et la musique rock ont de fortes relations. Je pense que le rock est très énergique, très authentique. Et quand je vais à des concerts, j’ai l’impression de recevoir beaucoup de puissance créatrice. Le rock non commercial permet de s’exprimer correctement. J’aime ça.

Kyo: Personnellement, j’ai l’impression de ne pas me battre, j’échouerais.

A.J: Je pense que le plus grand combat est le combat avec soi même. Non?

Kyo: C’est vrai.

A.J: Si vous êtes capable de gagner un combat avec vous même, vous devenez totalement à l’aise par la suite. Et aussi, il n’y a pas une telle chose comme l’échec. Parfois la route peut changer, c’est juste ça. Pour dire la vérité, les choses que je ne pouvais pas faire dans un film, je l’ai faisait en bandes dessinées. Si un chemin n’est pas bon, cherchez un autre chemin. C’est pourquoi je n’accepte pas les échecs.

Kyo: Après « Santa Sangre » (1989) vous n’avez pas sorti de films, que faisiez vous à cette époque?

A.J: J’écrivais des bandes dessinées. Des pièces de théâtre aussi. J’ai sorti plus de 100 pièces. Toutes au Mexique. J’ai aussi écris un livre sur la Psychomagie. J’ai écrit des romans, même un livre de poèmes. J’ai aussi sorti des albums d’art. Je peux faire n’importe quoi.

Kyo: Vous sortez de la frontière du cinéaste, quelles sont vos raisons?

A.J: Je voulais faire des films car ils sont fait de tous les arts. Ils incluent toutes les formes d’art. Le théâtre, le dessin, la sculpture, l’architecture, la philosophie, tout est inclus. Mais honnêtement, je pense que le film se fait défoncer le plus. Il se dégrade comme un idiot ou comme une prostitué. Mais c’est parce que c’est une forme d’art. Un film peut devenir un art. C’est pourquoi j’ai choisi les films. Aussi, parce qu’il y a un rythme, il y a la musique. Mais, dès le début j’étais un artiste qui faisait tout. J’ai fait des scénarios, l’édition, j’ai aussi fait de la musique pour « El Topo ».

Kyo: Si vous êtes musicien, vous ne pouvez pas vraiment faire autre chose, il y a quelques règles implicites, vous devez continuer à faire seulement un groupe, il y a des choses comme ça, comme un idéal, je pense qu’il a une tendance comme ça au Japon. Sans me soucier des limites, j’ai fais 2 groupes pour le moment, mais la destruction de la frontière existante est devenue une chose importante, j’y ai pensé en regardant votre documentaire « Jodorowsky’s Dune ». Même en vous écoutant maintenant, j’ai pensé que s’exprimer signifie quelque chose comme ça.

A.J: Essayons de donner une idée. Vous voulez essayer de faire de la musique avec un groupe différent. Par exemple, vous voulez seulement faire de la musique pour les personnes malades. Un groupe qui crée de la musique pour une thérapie. Vous faites de la musique qui rend les gens malades heureux, vous jouez uniquement dans les hôpitaux. Si vous essayez de le faire comme ça, ça ne change pas les frontières dont vous parliez? Ensuite, il y a autre chose. Faire une musique de paix pour une armée. Et vous voulez jouer uniquement devant l’armée (rire). Et le dernier. Créer un orchestre pour les personne souffrant de problèmes sexuels. Mais les membres de l’orchestre ne comprendrait que des hommes puissants. Grâce à leur performance en tant qu’orchestre, tout le monde deviendra plus énergique.
Ce que je pense pour le moment c’est que l’art a le pouvoir de guérir les gens. Je pense que « la danse de la réalité » est un film qui peut guérir les gens. C’est la raison pour laquelle j’insère la psychanalyse dans mes films. Je pense que je suis capable de toucher un nouveau public avec ça. En tant qu’artiste, vous devez créer votre propre public. Comment c’est?

Kyo: Bien.

A.J: Si vous pouvez faire cela vous serez un grand maître. Ah, une dernière chose. La musique pour les bébés. Faire de la musique pour les enfants de moins de 3 ans.

Kyo: Je pense que je deviendrais une influence négative (rire).

A.J: Mais je pense que par rapport aux adultes, les enfants n’ont presque pas de limites. Ils peuvent prendre n’importe quoi. Vous pouvez faire un concert de rock pour les enfants et casser des poupées en face de tout le monde (rire). Je pense que les enfants seraient ravis. Avec ça, les parents devraient aussi comprendre.

Kyo: Les parents sont effrayants. A propos de « La danse de la réalité », je ne pense pas que ce soit une tendance récente ou quelque chose, mais je sens que vous cassez les frontières d’expression d’un film. Le mode d’expression, le nouveau et l’ancien, voulez vous dire que les choses n’ont pas d’importance? Les couleurs sont aussi très belles.

A.J: J’ai utilisé une nouvelle technique pour les couleurs cette fois. Par rapport au passé, les possibilités sont remarquablement larges. Contrairement au passé, ce n’est pas simplement du shooting, nous faisons la pré production correctement. Ma femme est peintre, je crée des couleurs pendant la pré production tout en consultant ma femme. C’est pourquoi c’est comme une peinture. Je peux également faire bouger une photographie. De l’avant jusqu’à l’arrière je peux changer la mise au point. Je peux créer un mouvement comme si la caméra recule, je peux ajuster la vitesse, la rendre plus rapide, plus lente. Je peux aussi changer l’éclairage. Plus que dans le passé, la technologie modifie et traite la vidéo de mieux en mieux, alors maintenant nous pouvons faire tout ce que nous souhaitons. Nous pouvons supprimer ou ajouter des choses, donc par rapport au passé, en disant que le film est une œuvre d’art, ce n’est pas une exagération.
Je peux même changer la voix de l’interprète. La voix de l’actrice de 25 ans n’étais pas très bonne, donc j’ai cherché la voix d’une actrice de 60 ans et je l’ai utilisé sous forme de doublage. En conséquence, la profondeur de son rôle est vraiment montré. Nous pouvons même utiliser la voix d’un homme, nous pouvons utiliser différentes voix. J’ai pensé que c’était vraiment intéressant. En terme de créativité, j’ai l’impression que ça a changé avec de nombreuses possibilités. Maintenant tout le monde abuse des effets spéciaux, mais si nous les utilisons sans que le public s’en rende compte, nous pouvons réaliser de grandes choses.

Kyo: Vous avez parlé de « combat », mais qu’en est-il de continuer à exprimer les choses que vous voulez. Les façons dont nous pouvons nous exprimer ne sont pas limités, elle sont infinies, donc je pense que vous voulez dire que continuer de faire ça est très important.

A.J: C’est pour la vie. Je vais aussi faire ça jusqu’à ce que je meurs. Il y a de belles choses à propos de la tradition japonaise, comme réciter un haïku au bord de la mort. Dans le passé, j’ai recueilli les derniers poèmes de ceux qui allaient mourir. Et la façon de penser des samouraïs. Il y avait ce point d’avoir votre corps en bonne condition pour pouvoir mourir à tout moment. C’est pourquoi, c’est le dernier moment de notre vie, mais il y a beaucoup de créativité à ce moment là. Nous pouvons trouver ça dans votre tradition, dans la tradition japonaise.

Kyo: C’est trop près, donc je ne le vois pas vraiment.

A.J: J’étais venu au Japon avec Marcel Marceau, le mime, avant votre naissance. A cette époque, je ne savais rien sur le Japon. En fait je connaissais l’Ouest (la culture occidentale). J’en connaissais seulement un petit peu sur le Japon, ce que j’avais appris quand on m’avait invité à boire du thé.

Kyo: Mais dans votre « Montagne sacrée » il y a une scène qui a un peu un sentiment comme ça. Ça sent comme le Japon.

A.J: La première scène montre exactement le maitre du thé. Ma reconnaissance de l’art a changée à ce moment là. Quand je suis allé à Kyoto, je marchais seul sur la route quand un homme m’a parlé en anglais « voulez vous venir boire un peu de thé? » m’a t-il demandé. Alors j’y suis allé. Ni trop large ni trop étroit, il y avait une cheminée au milieu, j’ai bu le thé assis avec mes jambes en dessous. Il y avait un rouleau accroché pour la décoration, mais c’était très simple. Je pensais que c’était vraiment un passe temps parfait. A ce moment j’ai dit «la taille des structures de la fenêtre n’est pas la même ». La taille des chaque structure était différente.
Essayez de penser à quelqu’un. L’humanité ne répète pas la même chose. Une personne et une autre personne ne seront pas les mêmes. Je pense que c’est le point de départ de la créativité. J’ai beaucoup appris du Japon. Aussi pour l’origami. Je ne savais pas qu’il y avait une telle chose dans ce monde. Ça m’a vraiment surpris. En pliant une feuille de papier, nous pouvons créer beaucoup de choses différentes. Mais tout vient du même papier. Vous, moi, n’importe qui plie ce même morceau de papier de manière différente. Je pense que l’humanité et sa base sont la même chose. Mais la façon dont nous plions le papier est différente. Je pense que c’est une chose vraiment divine. Il y a aussi autre chose que je dois dire, c’est que toutes les choses que nous créons disparaitrons un jour. L’idéal c’est que la personne sera ce que les autres pensent d’elle. Par exemple, vous allez faire un animal en papier. Mais d’autres personnes n’ont pas fait le même animal que vous. Je suis une créature créée par ma propre créativité. Je ne veux pas créer d’autres personne. Mais d’autres personnes vous poussent a devenir comme ils veulent que vous soyez. Car à l’origine, nous étions tous les mêmes. Si ça devient comme ça, nous devons dire que nous sommes différents. Mais à la base, nous sommes tous les mêmes. J’ai appris ça pendant ce voyage (au Japon). Je pense vraiment que mes yeux ont été ouverts à ce moment là. C’est une histoire d’il y a 50 ans, cependant.

Kyo: La culture et l’atmosphère japonaise est montré, se reflète dans vos œuvres. J’en suis vraiment heureux.
Que ferez vous pour votre prochain film?

A.J: Oui. Le titre est « Juan Solo », je veux dessiner des choses comme la force humaine. Le personnage principal est un enfant qui a été trouvé dans une poubelle. Comment pourra t-il vivre à partir de là? C’est les grandes lignes de l’histoire, mais je fais les arrangements maintenant.
Je n’ai pas beaucoup de temps, donc je dois finir rapidement (rire). C’est pourquoi je suis si occupé.

Kyo: J’ai vraiment hâte.

A.J: Il y a beaucoup de forme d’amour. Premièrement, il y a l’amour des parents. Ensuite, s’aimer soi même. Aussi, aimer les autres, aimer l’univers entier. Et à la fin, aimer tout le monde. Un autre, c’est l’amour de Dieu. Aussi l’amour envers le travail (film, musique, livre…) Je pense que l’amour envers le travail est le plus grand. C’est pourquoi, le bonheur c’est d’être capable de faire les choses que vous aimez. Aussi commencer à aimer ce que vous faites, c’est le vrai bonheur. Si je me demande quand je peux aimer les choses que je fais, c’est quand je peux faire des choses pour les autres. Si elles sont utiles pour le public de toute façon, les sentiments et la conscience de chacun est ouvert progressivement. Le travail (film, BD, livres) comme ça c’est une chose merveilleuse, je pense que ça peut changer le monde.

Traduction In all weathers

Les ailes de la tentation coupe le vent, le coeur dérobé
Tu te retourne deux fois faiblement, l’espoir de battre des deux ailes

Dans la ville aux sept couleurs les lumières s’allument
sans odeur…

Dans chaque main blessée et tremblotante, la peinture se mélange

Les quatre saisons ont disparues dans le ciel

Choisir demain, l’eau du fossé jusqu’à ta bouche
La raison aveuglée, les fourmis sauvages se rassemblent

Alice c’était seulement un rêve? Ça ne l’était pas.

Sous la pluie torrentielle, aujourd’hui aussi tu as les deux mains sur le mur
Tous les jours, la vie sans parfum, tu appelle le nom de l’amour perdu

 

Encore une fois, merci à mon correspondant qui a extrêmement galéré avec cette chanson car « ce n’est pas du vrai japonais correct, on ne comprend rien » voilà xD

HnG vol.63

Allez vous jouer toutes les chansons de Gauze?

Kyo: Nous l’avons prévu.

Kaoru: C’est prévu.

Die: Ça pourrait être ça, non?

Toshiya: Nous allons le faire….probablement.

Shinya: Nous avons un programme comme ça.